Las Olas - Copacabana - Bolivie

Tourisme écologique : associer l’art et le respect de la nature, le duo gagnant de Las Olas, sur les rives du lac Titicaca

Notre voyage de l’année dernière a été parsemée de rencontres. Il y en a une qui m’a particulièrement touché : celle de Martin Stratker, sculpteur allemand qui a atterri il y a vingt sur les rives du lac Titicaca à Copacabana. Entre expérience architecturale, sculpture et tourisme écologique, Las Olas est un lieu unique.

Préambule

C’est avec un grand plaisir que je recueille le témoignage de Martin Stratker sur son expérience de créateur dans le domaine du tourisme écologique. Son lieu est une formidable réussite (difficile de trouver des disponibilités, enfin, avant la crise sanitaire…). Je l’attribue à ceci : des constructions qui montrent que l’on peut vivre dans des maisons à la frontière avec la sculpture, qui nous met en contact avec les éléments (le bois, la lumière, la terre, la pierre) et la nature. Et toute ceci, avec une portée écologique : utiliser au maximum ce qui est à notre disposition, avec le minimum d’artificialité. Et grâce à l’imagination, la sensibilité, l’ingéniosité et la passion.

Voici donc le témoignage de Martin Stratker, fondateur de La Olas en Bolivie : 

Martin Las Olas - Copacabana - Bolivie
Martin Stratker, fondateur de Las Olas – Copacabana – Bolivie

Martin : “Lorsque j’ai traversé la Bolivie il y a 27 ans, j’ai été impressionné par les constructions en adobe. La possibilité d’utiliser la terre comme matériau de construction était pour moi pleine de promesses : pas besoin d’énergie (à part la force humaine nécessaire au moulage, les briques et le soleil pour les sécher). Pas de transport non plus, car on utilise la terre qui est directement extraite du site de construction. De plus, la construction en adobe a des propriétés sismiques, thermiques, et phoniques plus intéressantes que les briques en terres cuites.”

La constitution d’une équipe

Martin : “En Bolivie, j’ai trouvé des ouvriers avec une grande ouverture d’esprit, capables de s’adapter à la fois à l’aspect écologique et artistique de la construction. Ma motivation, au début, a été de créer des maisons intégrant le plus possible de matériaux naturels. Ainsi, en dehors de l’usage de la brique en terre crue, nous avons utilisé des troncs d’arbres entiers, de la roche brute, et des plantes que nous laissions grandir à l’intérieur des constructions.

Pendant la phase de conception et les travaux, l’aspect artistique primait (Eh oui, je suis sculpteur de formation !). Nous avons commencé alors à nous rendre compte qu’il n’y avait pas de limite dans les formes et les volumes. Chaque maison était une création unique et nous avions la sensation d’explorer les frontières entre la construction et la sculpture.

Lors de cette phase, nous avons dû employer davantage de matériaux manufacturés, qui malheureusement nécessitaient beaucoup d’énergie et ressources à leur fabrication. 

Aussi, nous avons souhaité équilibrer l’aspect environnemental par une bonne isolation, et des panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire. Nous avons également construit un circuit qui permet de recycler l’eau des douches et des sanitaires pour arroser les jardins.  

Pour compenser les ressources nécessaires à la construction, nous avons planté 500 arbres sur la colline derrière nous. Et en ce moment, nous sommes en train d’installer une centrale de chauffage solaire destinée à réduire nos consommations de gaz.”

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Problèmes rencontrés.

Martin : “Nous n’avons rencontré finalement que peu de problèmes. Les autorités locales nous ont soutenus. Notre équipe de constructeurs (nous avons construit les 15 modules avec la même équipe) s’entend à merveille. Avec la suite N°8, le “sea shell”, nous avons eu la mauvaise surprise d’avoir des craquelures sur le “toit”. Ce qui implique une maintenance annuelle systématique. Mais cela ne constitue qu’un petit effort au regard de la complexité de l’architecture et de son emplacement central au sein de l’ensemble.”

Des retours élogieux des hôtes.

Martin : “Nos clients apprécient les maisons qui ont chacune leur identité et architecture propre. Ils apprécient tout particulièrement l’usage des matériaux naturels (bois, pierre, terre) et leur contact direct. Ils profitent des vastes baies vitrées qui offrent une magnifique vue sur le Lac Titicaca, de la lumière et sont prolongées par un jardin privé. “

Notons aussi l’entretien très apprécié des jardiniers : la famille de lamas “chargés” de la pelouse !

Las Olas - Copacabana - Bolivie
“Les jardiniers” de Las Olas – Copacabana – Bolivie

Martin : ” Je crois que les voyageurs sont enchantés d’arriver dans un hôtel écologique – en particulier quand le prix est en relation avec la qualité et le service. La construction d’une maison écologique ne doit pas obligatoirement être chère. Surtout si on peut utiliser les matériaux qui proviennent du terrain où l’on bâtit. Dans bien des cas, c’est le manque de connaissances et de conseils qui freine les personnes à s’investir dans ce type de construction.

L’utilisation de panneaux solaires aide également beaucoup à réduire les dépenses énergétiques et à agir de manière plus neutre avec le climat. Rappelons que, d’une manière générale, le tourisme et l’économie qui y sont liés constituent une activité (en dehors de l’aérien), relativement propres [en Bolivie]. 

Il serait important de promouvoir davantage la construction écologique afin que le touriste estime que son voyage contribue au pays qu’il visite (souvent des pays en voie de développement) tout en limitant les dommages environnementaux.”

Vidéo réalisée par Spago, site qui recense les talents inspirants pour leur courage et leur passion

Le tourisme en Bolivie

Martin : “En Bolivie, le tourisme est officiellement la troisième activité économique après l’industrie pétrolière et les exportations de soja…  Si l’ensemble des personnes vivant indirectement du tourisme, étaient prises en compte, le tourisme serait certainement en deuxième position.

Les transports fluviaux et terrestres, la restauration et les marchés alimentaires…, de nombreux magasins d’artisanat et autres, ne sont pas enregistrés dans le système fiscal et ne sont donc pas comptabilisés dans les chiffres officiaux.

Il faut aussi avoir à l’esprit que, en Bolivie, le tourisme permet de faire vivre directement des personnes de classes sociales différentes, alors que la vente de soja profite majoritairement à l’agro industrie et aux grands propriétaires.”

Las Olas

Martin : “A Las Olas, la partie art et design nous aide également. Cela nous permet d’avoir une meilleure visibilité sur les plateformes numériques. Cela nous fait également du bien de vivre et de travailler dans un endroit harmonieux et écologiquement durable et de recevoir des commentaires élogieux de nos clients. [ndla : Las Olas est noté 9,6 (près de 1000 avis) sur booking.com, et 5* sur tripadvisor, on peut difficilement faire mieux…]

J’adore utiliser l’adobe, cela me semble encore magique de pouvoir faire des murs de maison avec seulement de la terre et un peu de paille. Il ne semble pas y avoir de limites à l’imagination.

J’aime aussi beaucoup l’apparence brute d’un mur en adobe, alors que la brique nue couplée au béton (commun en Bolivie) me semble complètement disgracieuse.

Mais je n’ai pas l’impression d’être un expert en bâtiment écologique. J’aime beaucoup expérimenter et développer de nouveaux domaines comme le chauffage central à panneaux solaires par exemple. Nous sommes autodidactes, et obtenons malgré tout de bons résultats.

J’ai cependant cette double motivation : la construction et la sculpture. Et j’ai ainsi mis à plusieurs reprises l’approche artistique avant l’aspect environnemental lors de l’usage de certains matériaux. 

Je suis malgré tout trop attiré par le défi d’explorer l’art en architecture.” 

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Prise de conscience et agir à son niveau

Martin : “En fin de compte, je vois tout cela comme la recherche d’un équilibre entre les deux domaines.

Aujourd’hui, je crois que toute personne consciente a ce type de conflit. Combien de ressources peut-on légitimement utiliser ? Où est l’équilibre entre le nécessaire et l’inutile ?

Et à titre personnel, si je fais le bilan, dans toute ma vie, je n’ai en fin de compte eu qu’une seule voiture pendant un an, le reste, j’ai pris les transports publics. En revanche, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai pris l’avion pour me rendre dans des pays différents…”

Retour d’expérience du tourisme écologique.

Martin : ” Oui, pour tous ceux qui se lancent dans l’activité touristique, je recommanderais d’oser aller du côté écologique. Je pense qu’il est attrayant pour les voyageurs et qu’il aura, à l’avenir beaucoup, plus d’importance. 

Votre blog (ndt : ce blog 🙂 ! ) peut aider de nombreuses personnes à s’inspirer pour emprunter cette voie. J’ai vraiment aimé les dômes écologiques de Nader Khalili – si je commençais mon projet maintenant – j’utiliserais sûrement cette technique!

Je crois que l’architecture joue un rôle important pour nos hôtes et est très appréciée. Il me semble cependant que seule une partie de nos clients ont une préoccupation écologique. Mais quand ils s’en rendent compte, cela leur fait sentir qu’ils ont choisi un endroit spécial. Et au final, ils sont heureux d’en avoir fait l’expérience l”

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Et la population locale ?

Martin : “Je pense que la population locale aime les constructions que nous faisons. Sur l’Île du Soleil, plusieurs personnes se sont inspirées de Las Olas. A Copacabana, c’est beaucoup plus difficile car le terrain est extrêmement cher et les gens veulent profiter de la construction de plus de 2 étages car il y a peu de terrains constructibles disponibles. Souvent, c’est aussi l’attrait d’une image de progrès illusoire qui pousse les gens à construire d’immenses maisons sans âme en béton.”

www.construarte.biz, le projet de transmission

Martin : “Quand j’ai créé le site www.construarte.biz, j’ai pensé que j’aimerais faire des plans pour les personnes intéressées par des maisons intégrant les aspects écologiques et artistiques. Mais par manque de temps, ce projet a été mis de coté, mais je pourrais le relancer. Non en tant que professeur (enseigner la construction écologique), mais plutôt pour partager mon expérience, les plans et les techniques que j’ai testés.”

Martin Stratker, Avril 2020

Pour en savoir plus : 

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