Occupez-vous déjà une maison écologique, confortable et peu énergivore ?

C’est une question que tout le monde peut se poser. Et que je viens de me poser.

Honnêtement, il y a peu de chance que cela soit déjà le cas. 

Disons que cela va dépendre de plusieurs éléments :

  • les propriétés de votre maison (isolation, nature des murs, menuiserie des ouvrants, orientation…)
  • de ses équipements, en particulier pour le chauffage et l’eau chaude (cela représente en moyenne les ¾  de la consommation de l’habitat)
  • et surtout de la manière dont vous l’occupez.

D’ailleurs à ce titre, jugez-vous votre habitat confortable ?

Cela reste la base. Le confort des habitants. Est-ce que vous arrivez à ne pas avoir chaud ou froid, vous sentir bien, sans que cela vous préoccupe, ni ne vous demande d’effort ?

Cet article fait suite à celui sur le photovoltaïque, dans lequel j’évoquais une des qualité de l’autoconsommation : prendre conscience des grands postes de sa consommation et les faire correspondre à sa production d’énergie.

Voici une autre façon d’aborder le sujet, que tout le monde peut réaliser afin d’estimer ses postes de consommation et de trouver des moyens de l’optimiser.

Deux manières permettent de parvenir à cet objectif :

  • avoir un habitat ultra performant, et nous allons voir que les normes actuelles sont assez exigeantes
  • être très sobre dans sa consommation (ce qui semble assez compliqué au premier abord…)

Un habitat “respectueux de l’environnement” nécessite peu d’énergie. Et dans l’idéal est capable par ses propriétés intrinsèques, et ses capacités de captation, de n’avoir besoin que de très “peu” d’apports énergétiques extérieurs.

Oui, mais la notion de “peu” est pour le moins “vague”.

Est-ce par rapport à son budget, à son voisin, à une norme de consommation énergétique (type Règlementation Thermique 2012, ou son successeur, la Réglementation Environnementale 2020) ?

Et puis, certains climats, doux, et de faibles amplitudes de températures sont assez avantagés.

Alors, occupez-vous déjà un habitat performant et confortable ? 

Les postes de consommation énergétique d’un habitat

Comme dit plus haut, on distingue deux grandes familles d’usage :

  • les usages domestiques (lumière, électronique, électroménager)
  • le chauffage et l’eau chaude sanitaire

C’est ce dernier groupe qui est globalement pris en compte pour la performance d’un habitat. Mais on pourrait ajouter d’autres postes, dont un non négligeable : les transports induits par l’emplacement de l’habitat pour :

  • le travail
  • l’école 
  • la culture, les loisirs
  • la vie sociale
  • l’alimentation et les achats

Par exemple, dans cet article sur la “maison idéale” j’indiquais que, si votre activité professionnelle se situe à 50km de votre domicile, les émissions de CO2, si vous vous y rendez en voiture, sont comparables à la consommation de chauffage pendant une année (chauffage énergie fossile).

Mais cela est un autre sujet.

Attachons-nous tout d’abord aux consommations directement liées aux systèmes de chauffage

Les normes de consommation issues des réglementations thermiques sont des objectifs à atteindre pour les logements neufs, mais également pour l’ancien, lorsque l’on y opère de gros travaux.

Mais comment mesurer la consommation d’un bâtiment alors qu’il n’est ni construit ni utilisé ?…

On utilise le fameux DPE qui donne une note (lettre allant de A à G) indiquant une fourchette de consommation énergétique par m2.

DPE avant 2022
DPE avant 2022

Le DPE indique le niveau de performance énergétique et est obligatoire lors d’une vente ou d’une location. Et ces niveaux peuvent s’obtenir par internet, sans visite du bien…

Cependant, les fourchettes sont suffisamment grandes pour pouvoir évaluer la performance d’un bien. Mais la réalité peut-être bien différente à l’image des consommations théoriques des voitures.

Vous aurez vite remarqué que la consommation réelle de la voiture est assez éloignée des performances que l’on vous a vendues…

Donc les DPE donnent une idée de comparaison entre plusieurs biens, mais pas vraiment de consommation. Ainsi, j’ai reçu le témoignage d’une personne qui a une consommation 80% inférieure à ce que le DPE estimait… 

Je viens de faire une estimation sur un appartement dont je connais la consommation KWH, via ce site fourni par edf. Là encore, l’estimation de DPE fourni par ce site me situe deux lettres en dessous de ce que je suis en consommation réelle. (Je suis en B en consommation réelle, alors que le site me situe en D)…

De ceci, il faut retenir :

  • Il y a très souvent confusion entre consommation et performance. Or, c’est bien la performance qui est mesurée et comparée via les DPE
  • C’est la diminution de la consommation énergétique qui vaut.
  • la mesure de la performance permet de lisser les usages, le mode de vie. (ainsi, si un habitat n’est pas habité, son DPE basé sur la consommation est forcément très bon…)

J’ajouterai cependant, au crédit d’une méthode mesurant la performance, que les années étant de plus en plus chaudes d’années en années, il y a une diminution de fait de la consommation d’énergie (tout type d’énergie confondue pour le chauffage). Comme le montre le graphique ci-dessous. 

Corrélation entre l'augmentation moyenne des températures annuelles et la consommation d'énergie
Corrélation entre l’augmentation moyenne des températures annuelles et la consommation d’énergie

Source : ministère de la transition écologique & infloclimat.fr
(orange -> températures (degré Celsius), bleu-> consommation d’énergie en Térawatt/heure)

Les différences entre les calculs de DPE et la consommation réelle, selon la méthode algorithmique, montrent que les niveaux de DPE ne prennent pas en compte l’augmentation de la température, et donc les besoins moindre en énergie de l’habitat en hiver.

(A noter que ce graphique ne prend que les températures moyennes annuelles. Pour qu’il soit plus précis, il faudrait faire le rapprochement entre les températures moyennes entre octobre et mars, qui sont les mois pendant lesquels le chauffage est utilisé. Mais je n’ai pas trouvé ce détail)

Les méthodes pour estimer la consommation d’un bien

A priori, il ne devrait y avoir qu’une seule manière de mesurer la consommation d’un bien, c’est de mesurer l’énergie consommée, à mode de vie équivalent. Ce que chacun peut faire chez soi. 

Et, c’est au final ce qui nous intéresse pour diminuer les besoins globaux en énergie (en particulier fossile). 

Revenons à notre DPE.

Il existe deux manières de l’établir :

  • La méthode dite conventionnelle, ou 3CL :
    Cette méthode consiste à renseigner toutes les caractéristiques d’un bien (surface et type de fenêtres, surface et isolation des planchers, murs, plafonds, type de chauffage, zone climatique) dans un logiciel. C’est un algorithme, assez obscur, qui se charge d’attribuer le résultat par la fameuse lettre. Elle mesure la performance, un potentiel.
  • La méthode des factures :

Il s’agit de mesurer la consommation effective du bien à partir des kWh indiqués dans les factures. Selon la nature de l’énergie, il faut la ramener à ce que l’on appelle l’énergie primaire (dont le calcul est lui-même arbitraire, comme nous le verrons plus bas).

Dans quel cas utilise-t-on l’une ou l’autre ?

Et bien c’est simple, ça dépend de l’âge du bâtiment, (et pas de l’architecte 😉). Les propriétés des matériaux n’étant peut-être pas modélisées avant 1948…

Méthode de calcul du DPE par type de bien
Méthode de calcul du DPE par type de bien

Source : monser, qui a réussi à représenter dans un tableau, les différents paramètres à prendre en compte.

La méthode des factures semble a priori la plus proche de la réalité et prend en compte le comportement réel des occupants. 

Et disons, à nombre d’occupants similaires, occupation permanente, le résultat obtenu ne devrait que peu varier

A noter que dans le cas d’un logement collectif, c’est un peu plus rock’n roll. On prend la consommation générale du bâtiment et on le rapporte au tantième de la surface du logement. A défaut de mieux…

Là encore, la réalité est parfois bien éloignée de ces estimations du fait de ce mode de calcul.

Y compris sur des habitats anciens.

Se plonger dans ses factures.

Pour utiliser cette méthode, le plus simple est d’avoir la même unité de production pour l’eau chaude sanitaire et le chauffage : par exemple, une chaudière à gaz qui produit les deux.

C’est un peu plus compliqué si vous êtes chauffé à l’électricité car tout est mélangé. 

Si vous n’êtes équipé qu’en appareils de chauffage électrique, il faut d’abord convertir votre consommation en énergie primaire. En effet, l’électricité n’est pas une énergie en soi, mais un vecteur, un véhicule qui permet de la distribuer et de la transformer en toute sorte de tâche : éclairage, moteur électrique, appareils électroniques, chauffages…

L’électricité en France est produite à partir des énergies suivantes :

Production d'électricité par filière
Production d’électricité par filière

Toutes ces centrales ont un rendement moyen autour de 40%, auquel il faut soustraire les pertes dues au transport et aux transformateurs.

Au total, on considère qu’il faut 2,58 fois plus d’énergie pour produire 1kWh électrique.

Vous pouvez cependant faire une estimation de la consommation réalisée pour le chauffage :

  • Il suffit de retirer la consommation que vous avez pendant les mois où le chauffage est éteint aux mois où il est allumé. (oct-mars, chauffage allumé, avril-septembre, chauffage éteint)

Vous obtiendrez approximativement la consommation pour le chauffage. 

Pour l’eau chaude sanitaire, c’est un peu plus compliqué. Je vous renvoie à ce rapport de l’ademe pour le détail. Mais on peut estimer qu’il faut 712 kwh par an par personne. (hypothèse élévation de la température de l’eau de 30° en moyenne sur 365 jours et 56l d’eau par jour).

Il est donc assez compliqué, lorsque l’on n’a pas de factures séparées de faire le bilan réel sans faire des approximations.

Un cas concret.

Je vais prendre un exemple réel, d’un appartement de 74m2 chauffé au gaz (chaudière à condensation mixte ECS/chauffage) avec radiateur en fonte. L’avantage de ce cas est qu’il a une énergie dédiée à l’eau chaude sanitaire et au chauffage. La consommation est ainsi directement indiquée sur la facture…

La consommation en gaz pour l’eau chaude sanitaire et le chauffage est de : 6 591kWh soit 89 kWh/m2.

Cette consommation nous rapporte un niveau B. (alors que l’appartement n’est pas isolé…)

Et en électricité : 2 706 kWh, soit en énergie primaire : 2 706 x 2,58 = 6 981 kWh. Cette part d’électricité n’est pas prise dans le DPE. (Elle alimente tout ce qui n’est pas ECS et chauffage) 

Se comparer avec les normes.

Ce bien a fait l’objet d’un Diagnostic de performance énergétique en 2018, il était noté D (avec la méthode des factures). Entre-temps, l’installation d’une chaudière à condensation, le changement des menuiseries, ont permis de diminuer par 2 la consommation en énergie. Et de passer de D à B.

Voyons maintenant comment on se situe par rapport aux objectifs nécessaires à atteindre pour une construction récente. 

Rappel : Objectif de la réglementation thermique de 2012 : 50kWh/m2/an

Objectif de la RE 2020, 4kWh/m2/an. pour un habitat privé. (construction), norme pour les prochaines années.

Ce qui signifie pour un habitat de 100m2

Si vous votre chauffage l’eau chaude sanitaire est au gaz :

RT 2012 : 50 kWh/m2 x100 m2 soit 5 000kWh soit une facture de : 368 € TTC. 

(prix du gaz moyen 0,0736 €/kWh -source Eurostat au 1er semestre 2019-  incluant les taxes et l’abonnement)

Si vous êtes chauffé à l’électrique :

Pour être dans les objectifs de la RT 2012,  il faut être extrêmement sobre soit,  5000 kWh / 2,58 soit 1 937,98 kwh facturé. Soit une facture pour son chauffage de 368 € (hors abonnement électrique existant déjà pour les autres usages, prix moyen de 19ct/kWh), et une consommation réelle par m2 de 19,37 kWh/m2…

Deux éléments à noter :

  • Les montants sont similaires.
  • En revanche, la performance énergétique est très élevée concernant l’électrique et ne pourra jamais être atteinte avec un chauffage électrique type convecteur en tôle (à moins de ne jamais les allumer…), mais uniquement via des systèmes à haute performance ayant un rendement énergétique supérieur à 3, comme les pompes à chaleur. (air-air ou air-eau). Sachant qu’une pompe à chaleur air-air (on chauffe l’air de la pièce par convection) ne procure pas forcément le même confort à niveau d’énergie consommée équivalent qu’une pompe à chaleur air-eau qui va alimenter des radiateurs à forte inertie thermique par exemple. (Ils vont restituer l’énergie sour forme de chaleur sur une durée plus longue)

Pour atteindre de tels niveaux, voici les éléments sur lesquels on est censé travailler :

  • L’utilisation des énergies renouvelables (produites sur le lieu de consommation, qui viennent en déduction des énergies entrantes) comme des panneaux solaires qui viendront diminuer le bilan énergétique de l’habitat
  • Un équipement à haut rendement thermique et à faible consommation énergétique.
  • L’utilisation des ressources naturelles directes comme la pénétration des rayons du soleil dans l’habitat
  • Une isolation thermique optimale et la prise en compte des ponts thermiques.
  • L’étanchéité à l’air du bâtiment

La RT 2012 intégrait un premier paramètre qui sera de plus en plus vrai dans les années à venir (à cause du dérèglement climatique) : le confort de l’habitat lors des variations climatiques extrêmes. En fait, un paramètre de confort en été. Il s’agit d’un coefficient correspondant à la valeur que doit atteindre l’intérieur d’un bâtiment en cas de très forte chaleur durant 5 jours consécutifs et sans avoir recours à des moyens de refroidissement.

La RE 2020 ajoute des objectifs complémentaires.

En conclusion : vers quelle réglementation tendez-vous ?

Tout cela est assez compliqué.

La méthode normative donne une performance de l’habitat et permet de lisser les usages, le mode de vie, les habitudes de consommation. Vivre à 25° ou à 17°, sachant que chaque degré supplémentaire augmente la consommation de 7%, ici 80% d’énergie consommée en plus, cela n’a pas les mêmes conséquences.

Mais la performance est un potentiel. Un peu comme la puissance d’une voiture, ou sa consommation donnée par le constructeur.

Par ailleurs, cette performance n’est pas garante de la consommation. Et cela déresponsabilise l’usager qui peut croire que parce qu’il a un habitat performant, il peut faire ce qu’il veut. Mais si la performance d’un habitat dépend de son étanchéité à l’air, alors mieux vaut ne pas trop ouvrir les fenêtres pour aérer. Ce qu’il sera tenté de faire, si l’habitat est étanche, avec une forte humidité relative provoquant un inconfort.

Un peu comme si on achète une hybride rechargeable qui a une donnée de consommation constructeur de 2l/100km, et qu’on roule la plupart du temps à 154 km/h, sur l’autoroute, batterie déchargée et consomme finalement 10-12l aux 100km, soit 6 fois plus…

Je pense qu’il est un devoir de chacun de s’informer et de comprendre sa consommation. Pas seulement pour son portefeuille mais aussi pour notre environnement, la préservation des ressources pour le futur, et amortir les effets du changement climatique.

Alors que j’écris ces lignes, le calcul du DPE est en train de changer. Le DPE sera opposable lors d’une vente immobilière à partir du 1er janvier 2022. Ce sera l’objet d’un prochain article. Sachez toutefois que ce DPE sera moins exigeant en termes de performance énergétique, et le sera plus à propos des émissions de CO2. Et qu’il ne prend plus en compte les factures réelles, mais donne un budget estimé… 

En revanche, toujours pas d’étiquette sur le confort… C’est pourtant ce qu’un habitant recherche, en respectant l’environnement bien sûr.

Image par Thomas Pikolin de Pixabay 

4 réflexions au sujet de “Occupez-vous déjà une maison écologique, confortable et peu énergivore ?”

  1. Salut ! 🙂 Toutes ces réglementations énergétiques ont bien évolué avec le temps. Le chauffage représente bien évidemment un poids important dans la balance. Aujourd’hui, c’est tout un mode de vie qu’il faut repenser, individuel comme collectif. Le nucléaire semble économique mais reste un gouffre sans fin en terme d’écologie. Ici, au Québec, plus de 90% de l’énergie provient des centrales hydroélectriques. Mais comme tu l’as précisé, il faut s’ouvrir aux alternatives possibles et réalisable dans sa région (solaire, orientation, isolation..) mais je pense qu’il faut aussi opter pour des équipements bien moins énergivores, limiter la surconsommation inutile au sein de son habitat et veiller à limiter toute consommation superflue. Chacun peut faire de petits gestes au quotidien en terme de consommation. Merci pour cet article très détaillé. 😉

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    • Bonjour Steve,
      En effet, une fois la prise de conscience faite, on se rend compte que chacun a beaucoup de moyens d’action. Mais qu’il est sans doute nécessaire d’être accompagné pour les hiérarchiser.

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  2. Je me rends compte que je suis loin d’avoir une maison écologique… Mais j’habite à 5 minutes à pied de mon travail donc je compense, pas vrai ?

    J’ai quand même dû changer un chauffe-eau électrique l’année passée (parce qu’il était cassé). Cela m’a fait gagner plus de 500 € de consommation en électricité en 1 an. J’aurai rentabilisé le chauffe-eau en 2 ans seulement…
    Je n’ose pas imaginer tout ce que j’ai dépensé inutilement avant cela !

    Merci pour votre article inspirant !

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    • Bonjour Caroline,
      Merci pour votre témoignage.
      Effectivement, diminuer ses transports participent à nos émissions globales.
      Ce n’est pas quelque chose de mesurable au niveau des statistiques, mais sur notre bilan individuel, oui !

      C’est pour cela que je pense qu’il est essentiel que nous soyons sensibilisé par des connaissances et pas seulement par des incitations financières.

      Le bio coûte plus cher, n’a jamais été subventionné, et pourtant de plus en plus de monde l’adopte !

      C’est une démarche qui doit se pratiquer également dans nos habitats.

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