Eco dôme… une maison en terre uniquement réservée à l’autoconstruction ?

L’éco-dome est un projet d’habitation inventé par Nader Khalili, architecte irano-américain qui a travaillé sur l’architecture lunaire dans les années 80. C’est d’ailleurs une technique qui a été soutenue par la NASA et les Nations Unies.

Après avoir passé 5 ans à sillonner les déserts iraniens pour aider les populations locales à construire des maisons en terre, il développe des constructions en sacs de sable baptisées «Super Adobe» ou éco dôme en français.

Cette technique est un dérivé de l’architecture traditionnelle en terre. Elle utilise les dômes et les voûtes typiques des constructions sub-sahariennes tout en prenant en compte les exigences actuelles de sécurité.

Elle n’a pas été (encore ?) utilisée dans l’espace, mais elle se répand un peu partout dans le monde. Des formations sont dispensées sur les 5 continents (voir le site officiel).

Eco dôme : maison écologique

Ce qui est génial ? L’utilisation de la terre qui se trouve sur place, doublée d’une technique très accessible et rapide à mettre en oeuvre. Elle nécessite cependant beaucoup de bras et se prête donc bien à la construction participative.

Tout comme la Kerterre, elle démocratise la construction. Toute la famille peut participer ! Des plus jeunes aux plus âgés. Les sacs, déjà positionnés, peuvent être remplis avec de petits seaux, godets…

Le principe est très apprécié des auto-constructeurs dans le monde.

construction maison en eco dôme super adobe
Construction du dôme. Photo calearth

La qualité des sacs est primordiale et l’organisation officielle (à but non lucratif) “Calearth” en vend directement. Cependant, pour les premières maisons construites dans les années 80, on utilisait des sacs de riz.

Il faut remplir les sacs de terre humide et disposer les “boudins” obtenus en couches superposés. Des fils de fer barbelé stabilisent chaque couche et servent à la fois de mortier et de renfort. On peut adjoindre du ciment, de la chaux ou une émulsion d’asphalte pour plus de résistance. On empile les boudins, un peu comme le font les potiers, jusqu’à former un dôme.

Ainsi, selon la nature de la terre, on ajoutera environ 5-10% de ciment, si la terre est sablonneuse, et si elle argileuse, ce sera la même proportion de chaux.

La technique s’adapte à différents types de constructions : des maisons bien sûr, en dômes ou utilisant les voutes, mais aussi des barrages, des mûrs, des citernes, des silos, … même des ponts !

Water Village, CalEarth
Water Village, CalEarth

Pas de limite de taille pour son éco dôme…

Théoriquement, Il n’y a pas de limite de taille si on assemble plusieurs modules. On peut construire une pièce de 40m2 d’un seul tenant via une architecture en encorbellement,. La voûte et le dôme donnent une très bonne solidité aux constructions et lui confèrent des qualités parasismiques.

Les portes et fenêtres sont réalisées grâce à un coffrage que l’on dessine préalablement.

Si vous avez une famille nombreuse, vous pouvez construire une maison avec plusieurs chambres, comme pour la maison ci-dessous.

Casa Quetzacotl à Turrubares, Costa Rica
Casa Quetzacotl à Turrubares, Costa Rica. Photo Calearth. Maison de 170m2 construite en 10 mois à 6 personnes.

Pour protéger la maison des intempéries, on la recouvre d’un enduit, mélange de terre et de chaux. Il est même possible de végétaliser la partie supérieure et de profiter alors des qualités thermiques obtenues (via l’évaporation qui rafraîchit les espaces intérieurs).

Attention à la gestion de l’humidité

Mais attention, sous les climats humides, il faudra bien isoler la maison du sol pour éviter les remontées d’humidité par capillarité, ou les infiltrations. Des constructeurs canadiens ont eu la mauvaise surprise de devoir gérer cela après coup. La qualité des enduits et de l’étanchéité sont primordiaux. Des ajustements sont donc à prévoir selon les climats et le niveau de précipitation.

Dans la vidéo ci-dessous, le couple canadien raconte les problèmes qu’ils ont rencontrés et insiste bien sur la nécessité de ne pas sous-estimer la quantité de main d’oeuvre.

Vidéo d’un Eco dôme construit au Canada.

La liste des ustensiles nécessaires est simplisme :

  • Sacs de sable dégradables synthétiques, résistants aux UV (ultra-violets)
  • Fil de fer barbelé galvanisé à quatre points et deux torons
  • Pelles
  • Tampons
  • Terre et eau
  • Bois pour former les arches

Le résultat : des constructions aux formes très organiques, rapides à monter et peu onéreuses : 10 000€ tout compris pour 40m2 (plan en forme de trèfle).

Pour en savoir plus : https://www.calearth.org/, le site présente Nader Khalili (1936-2008) et ses différentes actions. Il propose également des formations en ligne, des stages d’apprentissage…

Eco Village Santa Isabel,
Eco Village Santa Isabel,

Et en France ?

Des projets commencent à apparaître en France, mais essentiellement à destination d’habitat de loisirs ou de tourisme. Pour des résidences principales, c’est un peu plus compliqué.

Obtenir un permis de construire est un peu le parcours du combattant. Pour se donner toutes les chances, il faut préparer un dossier présentant tous les avantages de la maison (matériau écologique, économie d’énergie, gestion de l’eau, et respect des normes). C’est sur ce dernier point que le sujet est retors, car il n’y a que très peu d’études et de normalisation sur les performances énergétique des éco dômes.

L’intérêt de ces maisons, qui les rendent particulièrement adaptée aux pays chauds et secs, réside dans leur forte inertie thermique. L’isolation n’est pas leur première qualité. Aussi, pour respecter la norme RT 2012, et la prochaine RE 2020, il faudra ajouter une fibre isolante dans les enduits.

Pour le chauffage, tous les types de chauffage sont compatibles, y compris le chauffage au sol ! Mais pour respecter l’esprit de la maison, on peut préférer l’usage d’un poêle de masse et compléter ainsi l’inertie thermique de la maison.

Le deuxième obstacle se situe au niveau des PLU qui exigent par exemple des inclinaisons à 45° des toits… Les régions peu peuplées ne sont pas toujours exigeantes. Il faudra un solide dossier et une bonne sensibilité écologique de vos interlocuteurs.

Eco dome de beja
Eco dome de beja, Tunisie

Seul bémol à l’aspect écologique de la construction : les sacs sont faits en polypropylène (dérivé pétrochimique). Mais si l’on compare l’énergie et les ressources naturelles pour faire les sacs à celles nécessaires à une maison traditionnelle, cet aspect est quasiment négligeable.

Alors, l’éco dôme est-il adapté à la France ?

On manque un peu de recul sur les adaptations des enduits liés à des climats à fortes précipitations (voir l’expérience des canadiens). Car l’ennemi de ces maisons, c’est la pluie. Cependant, on en trouve de plus en plus (maisons d’hôtes dans le Périgord, le Gers, la Vendée), y compris dans des régions à fort niveau hygrométrique. Ce qui signifie qu’avec les bonnes compétences, ces maisons sont parfaitement compatibles avec les différents climats français.

Passés les freins du permis de construire, du respect des normes, des a priori, il est absolument indispensable de s’assurer de disposer des compétences nécessaires pour l’isolation, les enduits, l’étanchéité.

Enfin, bien avoir en tête la quantité de travail à fournir… Certes, les matériaux de base ne sont pas chers, mais sans mettre la main à la pâte ou organiser une session de construction participative, l’aspect économique perd un peu de son intérêt. Toutefois, en France, on estime les prix à l’autoconstruction à 450€/m2 et à 700€/m2 autrement. Dans tous les cas, ne pas sous estimer la quantité de travail !

Il n’en reste pas moins que ces maisons sont une variation des maisons écologiques digne d’intérêts, et à expérimenter sous nos contrées afin de diffuser les bonnes pratiques liées à l’isolation, l’étanchéité…

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