maisons en terres

Terres crues, matériaux du futur ? – Maisons en terres crues, matières organiques et minérales – 2/3

Nous poursuivons notre série d’articles par les maisons en terres et matières organiques. Après avoir abordé (voir ici) les particularités et les propriétés écologiques de la terre, nous partons à la découverte des maisons en adobe, pisé, torchis et les bauges. (et oui, les bauges de la fameuse expression !)

La terre crue est ce trésor qui se trouve sous nos pieds et qui a protégé des milliers de générations d’êtres humains du froid et du chaud, de la pluie et du soleil, du vent et de l’humidité. Nous l’avons oublié. Même si encore aujourd’hui, un tiers de l’humanité vivrait toujours dans des maisons en terres.

Symboliquement, il s’agit du même matériau qui permet de nous nourrir. Enfin presque. Ce qui est utilisé pour construire des maisons se trouve sous la couche de terre végétale d’où les plantes tirent la majorité des éléments qui la constituent.

C’est LE matériau écologique par nature. Et pourtant, qui spontanément penserait à construire des maisons en terres ? Crues en plus ?

Des architectes et constructeurs, amoureux de la technique et de la matière remettent au goût du jour ces techniques ancestrales. Mais ils restent trop peu nombreux…

Le matériel le plus primitif est déjà utilisé dans des constructions les plus en pointes. Alors, la terre crue, matériel du futur ?

Adobe

L’adobe est une brique en terre crue argileuse, moulée, traditionnellement à la main, dans un moule en bois, ou comprimée grâce à des pilons de bois.  On peut y ajouter des fibres végétales, comme de la paille, afin de la stabiliser. La brique est ensuite séchée au soleil, puis utilisée comme dans une maçonnerie traditionnelle.

On utilise cette technique dans le grand bassin méditerranéen, en Afrique Sub-Saharienne et en Amérique latine. En France, dans les régions de Reims et de Toulouse.

De nos jours, les techniques de fabrications se sont mécanisées : 

  • la briques extrudées : on façonne les briques grâce à un rouleau compresseur à alvéoles, puis des étuves pour accélérer le séchage
  • les BTC  : ces briques sont produites en comprimant la terre à l’aide d’une presse. Le séchage dure plusieurs jours et doit préserver un certain taux d’humidité. On utilise parfois de la chaux comme stabilisateur. Les constructions peuvent être réalisées dans des délais assez courts. 

Les murs externes, suivant les régions peuvent être recouverts d’enduits afin de les protéger des intempéries. Les murs internes pourront utiliser des enduits à base de chaux ou de terre permettant une régulation de l’hygrométrie.

L’architecture peut-être très contemporaine comme le montre la photo ci-dessous.

Entre Pinos Valle de Bravo, Mexique Crédit photo : Rory Gardiner

Maison en adobe
Maison en adobe

Pisé

Maison en Pisé
Maison en Pisé

La Maison Pour Tous, Four, 2018 Crédit photo : Laurianne Lespinasse, timurersen 

Le pisé est un mélange de terre, de sable ou de gravier et d’argile crue malaxés puis compactés.
Les murs sont construits grâce à des coffrages dans lesquels la terre est tassée à l’aide d’un outil pneumatique, et montée par couches successives. La terre est peu humidifiée. On démonte le coffrage une fois le murs achevé afin de faciliter le séchage et ne pas compromettre la solidité du mur.

En France, elle est plutôt utilisée dans la région Rhône Alpes. A Lyon, par exemple, on coule la terre comme du béton. Elle est ensuite tassée pour chasser l’air. L’opération est reproduite après le compactage jusqu’à atteindre plusieurs étages. Au cours du XIXeme siècle, la terre a pu être remplacée par le résidu de combustion du charbon, le mâchefer.

Les toits débordent largement de ces maisons afin de les protéger de la pluie.

C’est une technique très gourmande en main d’oeuvre.

De nos jours, les coffrages sont faits en matériaux métalliques, et comme pour l’adobe, on utilise des outils de compactage métalliques. Afin de respecter certaines normes de constructions, les constructeurs ajoutent des additifs, comme du ciment, de la chaux, pour accroître la solidité des murs.

Bauge

Maison en bauge
Maison en bauge

Atelier alp & entreprise Terre Crue Co-production : amàco, les films du lierre /

Le bauge est une technique qui n’est quasiment plus utilisée. 

Elle est assez similaire au pisé, à la différence que l’on utilise une terre argilo-limoneuse, généralement mélangée à des fibres végétales, gorgées d’eau, que l’on monte à la main. On utilise un objet tranchant pour lisser le mur qui est levé par tranche de 40 à 60 cm, d’une seule pièce.

La terre est le plus souvent extraite sur place, d’où la présence de mares à côté des maisons en bauge.

On la retrouve principalement en Normandie, en Bretagne et en Vendée.

Torchis

Maison en torchis
Maison en torchis

© Schauer + Volhard Architekten

C’est un mélange de terre argileuse fine et de paille qui est appliquée sur une structure de pans de bois, appelés “colombes”, et de lattes entrelacées de plus petite taille. Les murs sont ensuite recouverts de chaux.

Coté performance, si l’on cherche l’isolation, on augmente la proportion de paille (qui apporte au passage une bonne isolation phonique; si l’on cherche l’inertie, on augmente celle de terre.

Le torchis bénéficie de bonne qualité hygrométrique qui fait “respirer l’habitat”. Le torchis n’attire ni insecte ni rongeur, ce qui accroît considérablement sa durée de vie.

C’est une technique qui se prête à la construction en kit, (structures en bois), même si la main d’oeuvre pour la pose du torchis reste importante.

On trouve des maisons en torchis, aussi appelées maisons “à colombages”  dans l’est et le nord de la France et dans le monde : grand bassin méditerranéen, en Afrique sub-saharienne et en Amérique latine.

Les coûts de construction se situent plutôt dans la fourchette basse. Théoriquement, car les savoir-faire sont rares.

Maisons en terres

Ces quatre techniques illustrent la manière dont on peut s’approprier ces techniques encore marginales. Elles sont loin d’être dépassées !

Les architectures modernes et la (re)découverte de techniques bio-climatiques démontrent que des constructions d’un autre genre sont possibles, performantes et agréables à vivre. Et nécessaires si l’on met en perspective l’épuisement des ressources naturelles (énergie et matériaux de construction).

Pourquoi ne pourrions-nous pas apprendre à utiliser ces matières premières disponibles abondantes qui ont fait leur preuve pendant des millénaires ?

A suivre…

Dans la troisième partie, nous aborderons les maisons utilisant ou intégrant la paille, le chanvre ou la pierre.

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En savoir plus :
sur les maisons en terres : [http://www.amaco.org]
Constructeurs de maisons en terre : Les guêpes maçonnes, Terres Crues,
Sur les maisons écologiques : [Cliquer ici]
A lire : Habiter la terre, de Jean Dethiers, éditions Flammarion
Photo by ian dooley on Unsplash

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