Pour 2021 ? Confiance et imagination !

2021 est déjà là. Et je vous souhaite une année remplie de confiance et d’imagination !

Pourquoi la confiance et l’imagination ? plutôt que la santé, la réussite et le bonheur, par exemple ?

Le blog a un an. Et pendant cette année, ma vision de l’écologie dans l’habitat a vraiment évolué. 

Ma principale décision : créer avec Claude Lefrançois un réseau d’”habitologues”, des professionnels dédiés au diagnostic et à la préconisation de travaux pertinents avec ces objectifs : le confort des habitants, le respect de l’habitat, de l’environnement et des générations futures.

Nous lançons un cycle de formations destinées aux professionnels qui commence dès ce mois de janvier et avons de grandes ambitions pour avoir, à notre échelle, un maximum d’impacts sur nos habitats via une rénovation pertinente.

Mais comment en suis-je arrivé là ?

1. Je suis passé d’une écologie “romantique” à une écologie “pragmatique”.

Si la motivation est de limiter nos prélèvements pour préserver les écosystèmes et d’anticiper les besoins des générations futures, la construction d’habitats dits “écologiques” n’est peut-être pas la seule et unique voie.

Un chiffre provenant d’un rapport de l’Ademe est emblématique : il faut 40 à 80 fois plus de matériaux pour construire un habitat BBC (basse consommation), par rapport à la rénovation d’un bâtiment pour devenir BBC.

Ce qui signifie que l’amortissement de l’utilisation des ressources et des énergies utilisées est tellement long qu’il dépasse la durée vie de l’habitat, ou tout au moins de ses aménagements BBC (isolation, chauffage, menuiserie, ventilation mécanique double flux, sans compter les options domotiques…).

Cette situation est complètement contre-intuitive dans notre environnement de pensée où la construction et l’innovation occupent les devants de la scène.

La promesse d’économie à l’exploitation est le côté du prisme sur lequel nous nous focalisons. 

Mais, elle n’est que parcellaire et ne prend pas en compte l’intégralité de la mise en œuvre. 

Et cela pour plusieurs raisons :

  • La valeur d’un bien dépend du foncier et de moins en moins de la construction.
  • Dans certaines régions, le coût de la construction à neuf ne vaut que 20% (voire moins) de la valeur du bâtiment
  • il est donc parfois plus “rentable financièrement” de démolir et de reconstruire que de rénover.

Mais malgré tout, la rentabilité environnementale a d’autres visées compte tenu de ses limites. Avant de penser à construire, envisageons donc toutes les autres possibilités.

Et quitte à construire, envisageons les habitats les moins consommateurs de ressources. 

Et le premier facteur à évaluer est l’optimisation de la surface habitable par rapport à ses besoins.

Pour ma part, je suis parti, dans ce blog, focalisé sur la construction, imaginant que le futur de l’habitat écologique résidait dans la seule redécouverte de matériaux bio sourcés (construction en terre, bois, végétaux…)

Ma rencontre avec Claude Lefrançois m’a donc fait fortement évoluer. Je m’intéresse de plus en plus au monde de la rénovation, du parc existant, des habitats qui ont parfois des centaines d’années.

Comment les rendre compatibles avec les contraintes et enjeux de notre époque ?

Tel est le rôle que devront jouer les habitologues.

2. Ce n’est pas parce qu’on utilise des accessoires qui optimisent la consommation d’énergie que l’on diminue notre empreinte.

C’est le deuxième écueil, qui est dans le prolongement du point ci-dessus.

Il y a un rapport entre la taille de l’habitat et l’énergie consommée (pour l’équiper et le réguler en température). Donc certes, en modifiant son mode de production de chaleur (chaudières hautes performances par exemple), on consomme moins d’énergie au m2. Mais si l’on prend comme mesure, l’énergie consommée au m2, la consommation dépend également du nombre de m2…. 

Donc pour devenir vertueux sur ses consommations de ressources, on peut aussi très simplement agir sur son usage, son mode de vie.

Cet impact est beaucoup plus direct et efficace…

…mais, pour ceux qui n’en ressentent pas les motivations, sans doute plus douloureux que l’investissement financier en achat de matériaux “performants”…

A titre de comparaison, on a le même phénomène avec le poids des voitures qui ne cesse d’augmenter et effacent les gains de consommation réalisés ces vingt dernières années. Si bien que la consommation au km parcouru varie peu (en tout cas est moins corrélée à la sobriété des moteurs).

Les voitures plus lourdes sont également des voitures qui nécessitent plus de matériaux pour leur fabrication et d’énergie pour leur fin de vie.

3. La bataille des chiffres, qui croire, quoi penser

J’ai titré un de mes premiers articles de manière un peu provocatrice : “Se chauffer au bois émettrait moins de CO2 qu’en utilisant l’énergie nucléaire, étonnant non ?”.

J’ai eu du mal à écrire cet article. Ce n’était pas du tout l’angle que je cherchais. Je voulais savoir si utiliser le bois pour se chauffer était vertueux d’un point de vue écologique (environnemental, Gaz à Effet de Serre…).

La combustion du bois est une des sources d’énergie qui émet le plus de GES et de particules fines, mais cette source rentre aussi dans la grande famille des énergies “biomasse”.

Et grâce à ce statut, les émissions des GES sont effacées, par convention. Car la biomasse brûlée est compensée par la croissance des forêts.

Mais tout dépend de l’origine du bois, et de la gestion des forêts !

Et donc, oui, se chauffer au bois est le mode de production de chauffage le plus vertueux si vous prélevez, dans le fond de votre jardin, la même quantité de bois qu’il pousse à cet endroit. Et dans ce cas, même les émissions GES du nucléaire ne font pas le poids.

Mais si le bois vient de l’autre bout du monde… d’une forêt rasée pour être transformée en cultures intensives. Ce n’est plus la même histoire.

Maison en bois

Et donc, pour une même source d’énergie, on peut avoir deux angles différents et prendre deux positions différentes.

Le débat sur les voitures électriques est là encore emblématique : Est-ce qu’une voiture électrique est écologique ? Et bien ça dépend… de son usage, d’où et comment elle a été fabriquée (usine en Chine où 80% de l’énergie électrique vient du charbon ?). De comment est produite l’électricité (Charbon, lignite, fuel, gaz, nucléaire, énergie renouvelable, hydraulique…) ?

Bref, si vous faites 20km par jour, que vous chargez votre voiture, produite pas trop loin de chez vous, sur votre panneau solaire, cette voiture n’aura pas le même impact qu’une voiture avec beaucoup de batteries fabriquées en Chine, et alimentée par une électricité produite dans des centrales thermiques au charbon (si vous habitez en Pologne ou en Chine).

On entend ainsi tout et son contraire dans des guerres de position, issues généralement des opinions politiques plus que des arguments scientifiques.

En résumé, pour minimiser son impact sur l’environnement, mieux vaut avoir le bon mode d’emploi. Au risque de manquer complètement son objectif.

4. A quoi sert l’autonomie ?

On voit de plus en plus de vidéos, de témoignages de personnes souhaitant tendre vers l’autonomie. (Voire l’atteindre). 

C’est un mouvement dont les membres sont souvent motivés par la collapsologie. Mais les motivations peuvent être autres que la peur de l’”effondrement”.

Pour ma part, j’y vois un intérêt profond mais indirect : la connaissance.

Pour être autonome, il faut savoir subvenir à ses besoins, se loger, se nourrir, se soigner… Bref, on réapprend à vivre.

Car l’école répond au besoin de former des spécialistes ou des agents  réalisant des micro tâches.

Mais nous n’avons plus le temps d’apprendre l’origine et la valeur de ce qui nous entoure.

Notre monde est fait d’objets dont aucun humain, seul, ne maîtrise la fabrication, ni le fonctionnement. Nous vivons dans un monde qu’un “magicien” a mis à notre disposition.

Le voyage que j’ai effectué en 2018 et 2019, les rencontres, dont celle d’Evelyne Adam des Kerterres, m’ont permis de comprendre que l’on pouvait pourtant très bien vivre en étant moins dépendant.

  • j’y ai appris que quand on sait construire sa maison, on a moins peur de l’avenir, car à tout moment, on peut se fabriquer un toit.
  • j’y ai appris que la voie de l’autonomie était particulièrement ardue, que l’on ne peut pas tout maîtriser et que la vie en groupe, la répartition des tâches, restait de loin la plus efficace
  • que les rapports humains sont la plus grande source de bonheur
  • enfin, que faire soi-même permettait de se rendre compte des ressources mises en œuvre pour la satisfaction de nos besoins.

Apprendre à être autonome permet d’avoir davantage confiance en soi, de comprendre ses besoins et, globalement, comment on vit.

Dans ce monde de ressources de plus en plus contraintes, et où la sobriété semble la voie inéluctable (imposée ou anticipée), apprendre l’autonomie est un enseignement puissant et particulièrement adapté.

Par exemple : autoconsommer sa production photovoltaïque pour prendre conscience de sa consommation, l’adapter, l’optimiser… 

5. Quelles sont nos plus grandes menaces ?

Les changements climatiques ? Les mouvements de population induits ? Les catastrophes naturelles ? Les crises économiques et financières ? Les épidémies ? Les guerres ? L’accès à l’eau ?

Peut-être. Mais je pense que notre plus grande menace est de ne pas être en capacité de s’organiser pour répondre à ce qui nous sera imposé. Et pour moi, la plus grande menace qui déjà nous atteint est :

Ne plus avoir confiance les uns envers les autres, ne plus avoir confiance dans nos relations avec les institutions, les organisations, tous ceux qui nous fournissent des biens et des services. Ne plus avoir confiance ni envie du futur.

Prenons le cas de cette multinationale qui a conquis le monde, Amazon. Elle est éminemment critiquable sur bien des points. Je mettrai de coté toutes ces critiques (justifiées) pour me concentrer sur cette valeur qu’elle exploite mieux que personne et qui explique en grande partie son écrasant succès : la confiance.

Établir une confiance quasi inaltérable avec ses clients et faire sauter tous les freins à l’acte d’achat :

  • elle respecte ses promesses : si elle dit livrer à telle date, elle le respecte
  • et si elle ne peut les honorer, elle informe
  • elle reconnaît ses erreurs et propose des contreparties
  • elle reconnaît le droit à l’erreur de son client. Si un produit commandé ne satisfait pas, on le retourne ! Il est commandé par erreur, on est remboursé sans donner l’impression que la société va tout faire pour éviter de rendre. 
  • besoin d’une information, une aide : un contact humain est disponible et facilement accessible. Mais on a à disposition tous les outils pour être autonome
  • Elle propose des outils simples et clairs (trop même !)

Cette stratégie est une manière d’établir une confiance forte et durable qui profite aux deux parties.

Mais on peut retenir aussi, de cette stratégie, que les promesses, au-delà d’être tenues sont… clairement énoncées.

Tenir ses promesses, certes, mais les formuler, c’est pas mal aussi !

J’ai été particulièrement surpris après quelques recherches que ce qui nous arrive était clairement énoncé depuis la fin des années 70. Que dès les années 90, les états ont signé de part le monde des engagements forts (souvenez-vous de la phrase “La maison brûle et nous regardons ailleurs”). 

La solution de l’époque s’appelait le développement durable.

Aujourd’hui, on ne parle même plus de développement… 

Que j’ai été surpris de découvrir tous les engagements pris à tous les niveaux (internationaux, états, régionaux, locaux). Et quasiment aucun n’a été respecté.

D’ailleurs pendant ces 40 dernières années, à part les conférences et les congrès où on se félicite de s’intéresser au futur de la planète, que se passe-t-il ?

Connaissez-vous le PPE ?

Il s’agit de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie en France.

Je vous invite à lire ici le décret 21 avril 2020 qui fixe les objectifs sur les prochaines années jusqu’en 2028.

On y apprend que d’ici à 2028, la puissance installée des éoliennes doit être comprise entre 38,4 et 41 GW (multiplier donc le parc actuel par 2,5-3). Soit un peu plus de la moitié de la puissance installée (à ce jour) des centrales nucléaires ! 

Et pour l’énergie “radiadive” du soleil : 35,1 à 44 GW. (x3 à x4 par rapport à aujourd’hui). 

Pour se faire une idée de l’ampleur de l’ambition, la parc nucléaire est d’environ 61 GW, fournit 70% de l’électricité, et la puissance installée globale est de 133 GW. Cela veut dire que la puissance installée de solaire et d’éolien dépasserait de 30% la puissance actuelle du nucléaire.

Honnêtement, vous saviez que nous avions de telles ambitions ?

Quant au parc de voitures électriques, la cible en 2028 est de 3 000 000 et 1 800 000 hybrides rechargeables. (soit environ 12% du parc automobile actuel).

Cela veut dire qu’un cap est dressé. Avec des ambitions fortes. 

Mais qui est au courant ? Nous rendons-nous compte de ce que cela implique ?

Qui communique là-dessus ? Mettons-nous les moyens de nos ambitions ?

Pas de réponse à ses questions qui pourraient occuper régulièrement l’espace public.

Et cela est particulièrement préjudiciable, car quand la trajectoire n’est pas ni expliquée ni accompagnée, on arrive à des situations de rupture comme celle du mouvement des gilets jaunes.

Quand on sait où on va, qu’on établit des objectifs réalisables, et surtout que l’on tient ses engagements, on est moins sujet à la défiance et à la peur.  

A l’inverse, ce manque de communication ne mettrait-il pas le doute sur la faisabilité ou la motivation à atteindre ces objectifs ?

6.La deuxième plus grande menace est…

la crise de l’imagination.

L’imagination permet deux choses :

  • inventer des modèles qui décrivent le mieux possible les faits, la réalité, présente et passée. En tirer les meilleurs apprentissages pour…
  • …imaginer le futur, un futur désirable, qui tordra le destin. 

C’est le rêve de certains, leur description, auquel la majorité adhérera, qui sera la réalité de demain.

Quelque chose m’a profondément peiné alors que nous regardions avec ma fille une émission où l’interviewé présentait un scénario d’augmentation de la température de 4° et ses conséquences : 30% de la surface des terres émergées deviendraient inhabitables (climat proche de celui du Sahara). Plus de la moitié de la France ressemblant à un désert.

Ma fille a soupiré, “j’ai peur”.

Alors… cela reste un scénario. 

Mais l’ennemi, la peur, est déjà là, tapie.

Et notre meilleure arme, la confiance, est aussi là, en puissance, fragile, attaquée de toute part.

Et pourtant, que risquons-nous ? Même les déserts peuvent être habités. 
Mais il semble difficile de les habiter seul.

Image par Stefan Keller de Pixabay 

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

4 réflexions au sujet de “Pour 2021 ? Confiance et imagination !”

  1. Bonjour,

    J’ai adoré votre article.
    Depuis un bon moment, je m’interroge sur ma propre capacité à l’autonomie (sans tout faire toute seule). Je fais un lien entre le manque éventuel d’autonomie et notre éducation ainsi que notre culture qui semblent être assez infantilisants de manière à nous rendre dépendants des institutions… Merci de m’apporter du grain à moudre.
    Vous connaissez le siteweb Rob Hopkins ? Il travaille sur le sujet que vous abordez au point 6 concernant le manque d’imagination depuis un moment…
    Je vous souhaite une très belle année.
    Bien à vous.

    Répondre
  2. Superbe réflexion Geoffrey… Juste peut-être le dernier paragraphe se termine un peu vite. C’est énergisant de lire ton optimisme, mais le futur qui est probable fait peur, et la peur n’est-elle pas aussi un moteur ?

    Répondre
  3. Très très bel article qui nous pousse à une réflexion plus vaste que la question écologique. Personnellement je suis convaincu que l’homme est capable (a les capacités) de trouver des solutions. Mais la menace suprême reste la cupidité… Qui peut pousser quelques uns à raisonner à court terme et dans un intérêt égoïste à prendre des décisions pour tous ! Mais bon je préfère penser à ceux qui ont le génie de trouver des solutions.

    Répondre

Laisser un commentaire