Vue globale du chantier

J’ai suivi la formation Kerterre : apprendre à construire une maison en chaux-chanvre pour moins de 2000 € de matériel

Construire une maison de ses propres mains, sans mécanisation, c’est-à-dire sans aucun bruit de machine. Seulement avec quelques outils, 20 personnes qui se forment et se relaient. Le tout en 5 jours. Pensez-vous que c’est possible en juin 2020 ? Oui ! La formation Kerterre est la première étape (en vrai !) dans mon voyage au coeur des maisons et villages verts.

J’avoue que commencer ce voyage par la construction d’une Kerterre est finalement une excellente initative. Le hasard a bien fait les choses. Une Kerterre, c’est un peu une maison dans sa plus simple expression.

Les formes arrondies rappellent le ventre rassurant, régénérateur.

Assis en son seing, on se sent protéger, au plus proche de ses racines. Et pour cause, le sol est généralement en terre recouvert de chanvre, ou d’un parquet.

Clairière de la Kerterre
Clairière de la Kerterre. En fait, cette Kerterre est plutôt une Keryourte. En effet, une yourte a servi de toile pendant sa construction. Nous allons construire la chambre de cette maison.

Formation Kerterre

Voici mon retour d’expérience de cette semaine d’apprentissage. La formation dure 5 jours. 5 jours pour construire une maison. Le lundi matin à 9h, nous rejoignons Solène, la formatrice. Solène, jeune femme dynamique et rayonnante forme à la construction des kerterres depuis 6 ans. Nous sommes sur son terrain. Un terrain sur lequel elle a construit sa “KerYourte”.

Une “Keryourte” ? Pour Evelyne Adam qui a expérimenté et mis au point les Kerterres il y a une vingtaine d’années, cette construction n’est pas suffisamment “voutée”, arrondie. De plus son diamètre est celui d’une yourte. Et pour cause ! Solène a bâti sa Kerterre en prenant appui sur la yourte qui se trouvait sur le terrain. Et quel terrain ! Une magnifique clairière où les fleurs et les plantes s’épanouissent en toute liberté.

Pas n’importe quelle plante : des plantes qui bonifient le terrain et reforment la couche d’humus. En quelques années, la clairière accueille à nouveau une faune et une flore abondante et… nourrit (en partie) ses habitants. Nous goûtons les pétales légèrement sucrés de la fleur jaune que l’on peut voir ci-dessous.

Autonomie électrique - panneau solaire
Les besoins de la Kerterre sont faibles en énergie. Un simple panneau solaire suffit pour alimenter la maison en éclairage et pour recharger un ordinateur et un smartphone.

La rencontre

Nous sommes donc accueillis par Solène et ses deux assistants : Mylène et Teddy.

Un large sourire éclaire leurs visages. Et ce qui me frappe, c’est le bien-être, la lumière, la joie, je ne sais comment le décrire, qui se dégage de leur visage bienveillant.

Nous nous sentons tout de suite à l’aise.

Ma fille Eden participe à l’aventure. Il est convenu avec Solène que nous testerions la première journée l’adhésion d’Eden à la formation.

Pendant la première heure chacun se présente, et s’il le souhaite partage ses motivations. Le profil des stagiaires est très varié. Cela va de personnes très avancées dans leur transition (permaculture…) à des personnes intéressées par le mode de construction.

Première étape de la formation Kerterre : création d’un hérisson :

La formation kerterre commence par un briefing, tout d’abord la présentation des matériaux. Alors là c’est on ne peut plus simple :

  • Chanvre,
  • Chaux hydraulique,
  • Sable. Nous aurons deux qualités de sables, un sable fin blanc pour les zones plus fragiles, ou fines, et un sables plus épais qui nous servira à faire le béton de chaux.
  • A cela s’ajoute des pierres et du gravier pour le hérisson. (couche de graviers de 25-30 cm sous le mur qui sert à éviter les remontées capillaires, c’est-à-dire les remontées d’humidité)
  • Une centaine d’ardoises pour couvrir le hérisson.
  • Un skydôme qui formera la clé de voûte du dôme.
  • Et une grande fenêtre de toit, type vélux qui permettra de voir depuis son lit la nature environnante. Pourquoi une fenêtre de toit ? Car elle sera posée penchée. Une fenêtre traditionnelle ne serait pas pratique à ouvrir.

Hors menuiserie, il y a pour 500 euros de matériel. 500 euros pour construire une pièce de 10m2… Cela semble raisonnable. Si l’on ajoute le prix du sky dome (700 €) et du velux (1000€ environ, cela donne un montant en matériaux de 2200€).

Puis nous attaquons directement le chantier par la mise en place d’un hérisson.

Le hérisson…

Kerterre Moule en métal création du hérisson
Construction d’une Kerterre à partir d’un moule en métal démontable de l’intérieur – création du hérisson

Nous sommes sur un terrain peu drainant. Alors, afin d’éviter les remontées capillaires qui humidifierait les murs et fragiliserait la construction, nous remplissons une tranchée de 30cmx30cm de gravier que nous recouvrons de pierres, elles-mêmes recouvertes par des ardoises. Cette tranchée reprend le dessin des murs qui formeront la voûte. Et oui, la Kerterre est d’un seul tenant, pas de rupture entre le toit et les murs. Le même matériau les compose : des mèches de chanvre trempées dans un mélange chaux-sable.

Soudain, quelque chose me frappe…

Je lève la tête du mélange que j’étais en train de malaxer et regarde autour de moi. On n’entend que le bruit du vent dans les arbres, les oiseaux, les quelques mots échangés entre nous. Et c’est tout. On ne tape sur rien. Pas de bruit de bétonnière, de machine électrique, de pelleteuse, de marteau piqueur. Rien de tout cela.

Pour quelqu’un qui vit à Paris où le moindre chantier est synonyme d’un bruit assourdissant où il faut creuser, forer, faire venir de grosses machines… c’est assez …insolite.

Chantier non mécanisé de la Kerterre
Seaux, bassines, arrosoirs, 1 truelle, deux brouettes, quelques palettes, quelques planches, une échelle, des gants et des protections oculaires, quelques branches pour les étais… Un chantier calme, serein, habité par la bonne humeur et la nature qui nous entoure.
Préparation du mélange chaux sable
Préparation du mélange chaux-chanvre et sable. On plonge et imbibe ensuite les mèches avant de les poser sur la construction. La prise prend en quelques heures, selon la météo.
Préparation des mèches en chanvre
Je prépare des mèches de chanvre. Les mèches vont de 30cm à plus d’un mètre de long. Nous les trempons ensuite dans le mélange chaux-sable.
Préparation de l'isolant composé de chènevottes
Préparation de l’isolant composé de chènevotte et d’un mélange à base de chaux

Visite de la KerYourte

Vue de la keryourte avec le moule en métal
Vue de la keryourte avec le moule en métal.
La construction sur moule permet de monter plus rapidement les murs de la voûte. Il n’est pas nécessaire d’attendre le séchage complets des mèches pour pouvoir avancer. Ce qui convient parfaitement à un chantier de 20 personnes.
Intérieur de la Keryourte
Intérieur de la Keryourte. Le gravier autour de la baignoire permet de ne pas se soucier des projections d’eau. Car, sous ces graviers, on trouve… la terre.
Skydome de la keryourte
Le sky dome est la clé de voûte de la maison. Mais comme la voûte est très horizontale, les forces sont moins bien réparties sur les murs. On ajoute donc des colonnes pour renforcer les murs et le toit. Ce n’est pas très orthodoxe pour une kerterre. Mais cela donne un charme certain.

Cette maison semble sortie d’un autre temps, ou d’un autre monde. Et pourtant, elle est là. Son habitante est bien réelle et montre tous les signes de l’épanouissement.

La nature et le calme composent son environnement. Pour l’atteindre, il faut traverser un bout de forêt par un petit chemin. Il est impossible de venir en voiture par exemple, tant ce chemin est étroit et sinueux. On la laisse à 200m environ. Mais cela contribue au charme de l’endroit.

Et le confort ? Un coin cuisine à l’intérieur, une grande cuisine extérieur, une belle baignoire et des toilettes sèches à l’extérieur.

Le terrain est couvert de fleurs, de plantes médicinales ou comestibles.

L’ensemble est lowtech. Mais, quand on a fait le choix de vivre dans une kerterre, la technologie n’est pas le principal sujet d’attention. Toutefois, tout est possible dans une kerterre, car comme nous allons le voir, un des avantages de la kerterre est sa capacité d’adaptation et sa modularité.

Le chantier avance

Après la pose du hérisson, nous attaquons maintenant la mise en place des premières mèches enduites du mélange que nous préparons à la main.

Et là, je reste sceptique. Comment est-ce que cela peut tenir ? Comment tous ces petits bouts de branches vont-ils tenir entre eux ?

Le chanvre est une fibre très résistante. Et, donc, nous construisons une maison en fibre…

Pose des mèches
Et voici la pose des mèches. La base de la formation kerterre.
Mèches posées
Pour continuer la pose des méches, la pose d’une petite planche permet d’éviter d’attendre la prise
Une petite pause
Une petite pause sur le chantier Kerterre. Eden a 10 ans. Et elle va adorer participer à la construction de cette maison. Uniquement avec ses mains. C’est bien mieux qu’une cabane ! C’est une vrai maison pour habiter !

Les mèches se transforment en pierre

Le lendemain, la prise du mélange chaux-chanvre est forte. Les mèches sont dures comme de la pierre. Et pourtant, elles ne sont pas encore totalement sèches. Une Kerterre met presque 3 ans à sécher complètement (en comptant le séchage des enduits qui donneront l’étanchéité à la maisons). (NdlA : ce stage de 5 jours ne comprend pas la pose des enduits. Cette compétence fait partie d’un autre stage de 5 jours)

Emplacement de la fenêtre
Emplacement de la fenêtre. Ce sera un Velux. Grâce à lui, la propriétaire des lieux aura une vue magnifique sur la clairière.
Les dessins blancs donnent l’emplacement des boules en verre que nous positionnerons ultérieurement. Elles laisseront passer une lumière irradiante.
Couloir voûte
Le couloir sera vouté. Mais comme le mur de la keryourte n’a pas encore été percé, pour pouvoir accéder, un moule fait d’un fond de poubelle permet de ménager un futur passage qui sera rebouché dans second temps
Un chantier dans la nature
Kerterre. Un chantier dans la nature. Pas besoin d’électricité pour faire tourner une bétonnière. Tous les mélanges sont faits à la main.
Pose de l'isolant
Pose de l’isolant en Chènevottes. Ce sont les fibres qui constituent 55% de la plante et se trouvent en son coeur.
La pose de l'isolat se poursuit
La pose de l’isolant se poursuit
Ca y est la première couche de l'isolant atteint le skydome
Ca y est la première couche de l’isolant atteint le skydome – Kerterre

Le bilan de cette formation kerterre

Alors, j’ai adoré cette formation. C’était à la fois une expérience humaine, une découverte (les kerterres en vrai) et l’apprentissage d’une technique très accessible.

Il faut bien avoir conscience de deux choses :

  • Cette technique est à la portée de tous. Faire des mélanges, tremper les mèches, les assembler : tout est très simple, et les techniques transmises s’acquièrent rapidement. Il n’y aura que quelques étapes qui auront besoin d’être réalisées à plusieurs, et encore : la pose du sky dome et du velux.
  • Elle est essentiellement basée sur le temps dont on dispose… car tout est manuel. Pas beaucoup de ressources, si ce n’est une richesse en temps. Il faut compter environ 600h pour faire un dôme.

Donc le facteur temps n’est pas à sous-estimer.

La technique est assez tolérante à l’erreur. On peut rattraper beaucoup de choses car l’adhérence des matériaux entre eux est très facile à réaliser. On peut ainsi reprendre facilement une malfaçon, associer une extension, comme le fait ici Solène.

Est-ce que j’ai été convaincu par les Kerterres ?

Oui, à 100%.

J’avoue avoir été séduit par les kerterres bien avant les avoir vues. J’avais donc un a priori très positif. Et je n’ai pas été déçu lors des visites. Elles sont comme des cocons poétiques. On s’y sent bien, avec l’essentiel : le contact avec la nature dans un environnement sain et apaisé.

Cette technique est très simple et laisse libre cours à l’imagination. Comme nous le verrons dans l’interview à venir d’Evelyne d’Adam, les kerterres, par leur simplicité, la manière de voir le monde qui est sous-jacente, sont libératrices de nos peurs les plus courantes : risquer de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins. A partir du moment où on prend conscience qu’on peut construire son toit, se nourrir, être moins dépendants, on réalise que tout peut nous arriver et que l’on pourra toujours s’en sortir.

Alors on peut commencer à vivre, à expérimenter, à apprendre, à regarder, à prendre le temps, à faire vivre ses rêves, à transmettre ce que l’on sait…

Pour aller plus loin :

Site des Kerterres sur lequel vous trouverez toutes les informations concernant les formations : Cliquer ici.

Page Facebook des kerterres : https://www.facebook.com/kerterres/

Autre article sur Maisons et villages verts sur la kerterre.

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10 réflexions au sujet de “J’ai suivi la formation Kerterre : apprendre à construire une maison en chaux-chanvre pour moins de 2000 € de matériel”

  1. Je viens de découvrir ton blog et je suis absolument fan de ce que j’y trouve ! Je connaissais les earthship mais pas les kerterres ! Ca ressemble un peu aux maisons des hobbit, j’me vois bien construire un kerterre en extension pour y mettre mon garde manger, mes bocaux, ect. Je me demande si on peut construire partout en France ? Aussi bien dans le nord qu’au sud ??? Je suis en Alsace et on a des hivers très froids et des été très chauds…
    Merci pour ta réponse !
    Belle journée à toi,

    Efi du blog http://www.mamanzerodechet.com

    Répondre
    • Merci beaucoup Efi pour ton message. Oui, on peut en construire partout. En Alsace, il ne faudra pas négliger l’isolation. Mais les kerterres ne sont jamais très grandes et sont faciles à chauffer. Il y a eu des formations un peu partout en France.

      Répondre
      • Superbe !! Je pensais à un titre aguicheur et je dois avouer avoir été très agréablement surpris par ce que j’ai lu. Ton article est très bien poussé descriptions mais également pour toutes les illustrations. Merci 🙏

        Répondre
        • Merci Nicolas. Le titre qui ressort dans Facebook est affreux, je l’ai changé, mais il est resté en cache…
          Merci pour ton commentaire. J’ai également fait une interview d’Evelyne Adam que je suis en train de monter qui devrait t’intéresser.

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  2. Merci Geoffrey pour cet article détaillé ! J’aime bien ton style d’écriture, où la technique se mélange avec le sensible. C’est aussi ça l’habitat : du confort (sensoriel) et du bien-être (pour l’esprit) 🙂! Super idée de vacances avec ses enfants en plus 👍.

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    • Merci François-Xavier pour ton message. Oui, le partage en famille, apprendre, participer, faire partie d’un groupe… De bons moments partagés. Mais attention, il faut prendre les choses au sérieux ! On peut faire cela pendant ses vacances, mais hors de question de venir en touriste 😉

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  3. Superbe article. Je connais les kerterre de par internet et ma passion des constructions. J’en rêve et c’est promis, dès que je serai jeune, j’en ferai une.
    Ton article me réjouis donc au plus haut point car il est fluide à lire et instructif à chaque ligne, un régal. On a l’impression de vivre l’aventure avec toi…Hop ! dans les favoris ce lien 😉 Vivement la suite.

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