Définir un nouveau métier : le médecin de l’habitat

Quand on a froid, on monte le chauffage. La réponse est assez basique : apporter de l’énergie pour répondre à un inconfort.

Et tout cela est apparemment bien normal !

Or, un habitat est un corps qui réagit en fonction d’éléments internes, externes et de ses propriétés propres.

Il est beaucoup plus complexe qu’une boîte hermétique et homogène. 

Il respire, et doit gérer l’eau et l’humidité par exemple. Les matériaux qui le constituent, subissent le temps et se dégradent…

Des déséquilibres peuvent alors se produire et sont difficiles à gérer. Surtout, quand ils abritent des organismes aussi sensibles que des êtres humains.

Mais à qui s’adresser lorsque ces déséquilibres rendent notre habitat inconfortable, voire dangereux ? 

Dans le cas d’une rénovation (cette cure de rajeunissement de la maison), comment être sûr d’adopter les meilleurs traitements pour son confort, sa santé, mais aussi son portefeuille, et… l’environnement ?

Analogie entre le corps humain et maison

Les 4 peaux

Notre corps se revêt de différentes couches pour se protéger. 

  1. La peau : elle protège le corps interne et informe des agressions directes (température…). 
  2. Les vêtements : pour gérer des amplitudes plus importantes et économiser notre énergie.Ils adoptent peu à peu la fonction de porteuse d’informations (comme l’appartenance sociale…). 
  3. La maison : conséquence de la sédentarisation, elle nous protège plus fortement des aléas climatiques. Elle reflète aussi une identité. C’est aussi le lieu où l’on se ressource. (notion de foyer).
  4. L’écosystème : il s’étend aux limites de l’atmosphère qui nous protège du vide spatial et des rayons cosmiques.

Si les soins que l’on prodigue à son corps sont évidents, la préoccupation des deux dernières peaux est plus récente. 

Nous allons nous attarder sur notre troisième peau : la maison, l’habitat en général.

Se connaître et se soigner

Lorsque l’on est fatigué, le meilleur remède, c’est le repos.

Le repos est d’ailleurs le meilleur remède à bien des petites maladies. Notre corps peut alors se consacrer à sa défense et sa régénération.

Petit à petit, et en écoutant son entourage, on apprend à gérer les petits maux qui finissent par passer.

Mais quand ils ne passent pas ou s’aggravent…

Le médecin

…nous allons chercher un avis éclairé. 

Nous allons chez le médecin. 

Celui-ci :

  1. effectue une auscultation
  2. demande éventuellement des examens complémentaires (sanguins, imageries médicales, biopsies…)
  3. établit un diagnostic
  4. prescrit un traitement.

Si l’on peut aller librement chez le médecin, tous les traitements ne sont pas accessibles. Et là encore, rien d’extraordinaire, puisqu’il faut suivre une posologie adaptée sous peine d’effets… “dommageables”.

Faire la chirurgie selon le bon diagnostic
Faire la chirurgie selon le bon diagnostic

Iriez-vous directement à la pharmacie ou au bloc opératoire sans avoir vu un médecin ?

Cela paraît bien absurde…

Et pourtant, pour notre habitat, on va directement au traitement, sans être sûr de sa validité. D’ailleurs, parfois, il est tellement radical, que forcément il aura des effets.

Mais à quel prix ! Et sont-ils ceux attendus ?

Le prix, justement parlons-en.

Il est de plusieurs ordres :

  • financier, bien sûr : il détermine les arbitrages. Malheureusement, ne prenant pas en compte tous les paramètres, il est par nature biaisé. 
  • sanitaire : ce n’est que récemment que l’on prend conscience de l’impact sur notre santé de la qualité de l’habitat.
  • environnemental : idem, ce n’est que depuis la prise de conscience liée au changement climatique que l’on met sur la balance les ressources nécessaires à notre habitat (construction, entretien, énergie, rénovation, déchet, démolition)
  • durabilité : ou durée d’amortissement. Les solutions étant de plus en plus technologiques ne garantissent pas toujours de leur pérennité… Les pièces détachés, cartes mères, protocoles d’échanges d’informations seront-ils toujours valables ou disponibles dans 10, 20, 30 ans.

Et cela se reflète dans le devis des prestataires qui vont du simple au double et parfois plus, ne garantissent pas la provenance des matériaux, ni leur pérennité, et encore moins la gestion de leur fin de vie.

Et je n’évoque même pas les fraudes et le scandale lié à l’isolation à 1€.

Les usagers manquent de connaissance et ne savent pas vers qui se tourner pour trouver la bonne solution à leur problème d’habitat.

Deux approches médicales

Continuons l’analogie entre le corps humain et la maison.

Il existe deux approches médicales différentes et complémentaires : 

  • approche préventive
  • approche curative 

Dans la médecine occidentale, l’approche curative a le dessus sur l’approche préventive. 

Ceci pour une raison méthodologique. L’efficacité d’un traitement est beaucoup plus facile à mesurer quand on l’applique à une maladie déclarée, plutôt que lorsqu’on cherche à l’éviter.

La médecine chinoise, orientée vers la méthode préventive, cherche à préparer le corps à des agressions et à booster les défenses immunitaires.

Pour un habitat, comme pour un corps, ces deux approches ne peuvent être dissociées. 

Cependant, quand on prend en compte la durée de vie d’un habitat et de la nécessité d’économiser les ressources, les deux principes suivants ressortent :

  • renforcer les propriétés intrinsèques de l’habitat (orientation, matériau, climat…)
  • limiter les apports extérieurs (passivité de la maison)

Quel traitement pour son habitat

Travaux
Entreprendre les bon travaux travaux

Les traitements souffrent de méconnaissance du bâtiment

Nous avons tous besoin de comprendre les principes de base d’une maison.

Prenons par exemple le déphasage (inertie thermique des matériaux), ou l’utilisation de l’énergie pour la gestion de la température (rayonnement, conduction, convection, isolation), le chauffage, la climatisation…

Sans comprendre les bases de ces notions, on risque tout simplement de ne pas comprendre ce qu’on nous propose, de manquer des opportunités.

Une différence notable entre la médecine du corps et celle de l’”habitat”

La médecine n’est pas une science exacte.

En fait, seul le corps sait être efficace et se soigner. 

La médecine accompagne et met en place des catalyseurs dans la majorité des cas. Rares sont les médicaments qui ont un effet direct sur la pathologie et efficace à 100%.

La médecine de l’habitat est une science beaucoup plus prévisible. La résistance d’un matériau, son inertie thermique, son pouvoir isolant… sont suffisamment connus et peuvent être modélisés de manière assez précises.

Et puis jouera bien sûr l’expérience du médecin qui en un coup d’oeil identifiera les points les plus impactants pour le confort et la santé, l’écologie et nos finances. 

Et idéalement, sans les opposer. 

Soigner l’habitat

Le bon ordre pour soigner ou faire évoluer son habitat serait alors :

  1. Consulter un “médecin de l’habitat”
  2. qui l’ausculte et demande éventuellement des mesures complémentaires
  3. afin d’établir un diagnostic 
  4. et de préconiser les travaux pertinents
    en fonction des habitants, de leur budget, de la durabilité des travaux et des matériaux, de l’accès aux énergies.

Alors, si vous avez froid en hiver, le chauffagiste n’est pas la première personne à consulter !

Sauf, bien sûr, si votre chaudière est en panne.😉

Conclusion

Est-ce que ces “médecins de l’habitat” existent ? 

Oui, très certainement. Par exemple, on peut trouver des architectes, artisans, des maîtres d’oeuvres qui ont complété leur formation initiale par leur expérience ou se sont formés petit à petit. 

Comme ils ne sont ni nommés ni reconnus, et rares, il est difficile de les identifier.

L’architecte Antti Lovag auteur des maisons bulles avait une vision très centralisée sur les occupants et leur bien-être. Il ne se définissait pas comme architecte mais comme “habitologue”. Il déclarait ainsi : « L’architecture ne m’intéresse pas. C’est l’homme, l’espace humain, qui m’intéressent ; créer une enveloppe autour des besoins de l’homme. Je travaille comme un tailleur, je fais des enveloppes sur mesure. Des enveloppes déformables à volonté ».

C’est un point de vue de constructeur ou de créateur. Mais comme déjà souligné par ailleurs, l’enjeu de la transition écologique se joue bien sûr sur la construction, mais majoritaire sur l’existant et donc la rénovation.

Lorsque l’on parle de rénovation, on parle d’énergie, de ré-aménagement, ou de réagencement (et d’architecture intérieur), mais rarement, du bâtiment pour son confort en soi, utilisant des matériaux durables, dans une vue pertinente à long terme.

Alors, si vous souffrez d’humidité, avez trop chaud en été, ou trop froid en hiver, dépensez une fortune en chauffage.. à qui vous adresseriez-vous ?

Connaissez-vous des personnes qui font ce métier sans le nommer ?

Photo Foto Garage AG, Photo by Milivoj Kuhar on Unsplash,

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10 réflexions au sujet de “Définir un nouveau métier : le médecin de l’habitat”

  1. Excellent ce parallèle !! Clairement notre habitat vit via tous ses matériaux… De nouveaux métiers sont appelés à être créés pour optimiser les domiciles. J’entendais à la radio récemment que 80% des logements n’étaient pas optimisé d’un point de vue économies d’énergies… Incroyable !

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  2. C’est fascinant, je trouve que ce métier devrait être plus répandu car il semble formidable ! Je trouve géniale l’idée de construire un habitat en fonction de ses besoins et non des standards qui parfois sont le contraire de ce qu’on aurait besoin. Mon rêve c’est d’acheter une petite maison de ferme à rénover (ou une grange) mais je ne m’y connait tellement pas en bâtiment que j’aurais peur de faire des mauvais choix (et de me faire arnaquer). J’espère trouver un architecte qui s’y connaîtra 🙂

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  3. Bonjour Geoffrey,
    Excellente analogie !
    C’est vrai que l’habitat est comme un corps, avec ses cellules à l’intérieur.
    Je lisais il y a peu un article qui disait “L’air des logements et des bureaux sont en moyenne cinq à dix fois plus pollués que l’air que l’on respire dans la rue”.
    Ces données sont très loin d’être anodine.
    C’est pourquoi il est si important de faire attention aux matériaux utilisés pour son logement.

    Je trouve aussi très important d’être actif pour dépolluer son intérieur.
    Ici il n’y a pas 36 solutions pour épurer son air : il faut supprimer les sources de pollution.
    C’est une des raisons qui me pousse à minimiser les possessions dans le foyer.
    J’utilise le minimalisme comme un “médicament” pour la maison qui permet de mieux s’occuper des petites cellules à l’intérieur.

    Merci pour ce très bel article. On comprend mieux l’importance d’un bon diagnostic !

    –> Pour apprendre à désencombrer (ou dépolluer devrais-je dire) son habitat : https://lesastucesdemylene.com/articles/

    Au plaisir d’une prochaine lecture.

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  4. Excellente approche de la nécessité d’appréhender l’habitat de façon plus juste et intéressante que de l’imaginer comme étant un contenant dont on aimerait seulement le voir chauffable facilement à des coûts de plus en plus faibles.

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  5. Décidément sur ton blog je trouve des articles qui piquent ma curiosité et rassasient mon questionnement. Je n’aurais jamais pensé à ce parallèle. Étant très bricoleuse (j’étais infirmière, peut être suis-je infirmière de ma maison , 😉 je suis fort intéressée par tes idées et conseils. merci beaucoup pour ce nouveau super article.

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